vendredi 8 février 2013

Mondialisme, Christophe Colomb un coupable tout désigné

 Christophe Colomb, 
ombres et lumières 
d’un découvreur




 Par Lionel Mesnard

Sa vie marquera la fin du Moyen Âge et l’entrée dans des mondes renaissants (ou ce que l’on appelle la Pré Renaissance). Cet homme va avoir une importance singulière dans l’Histoire de notre humanité, sa vie est un véritable roman, ou se mélange la recherche scientifique, qui sait une idée de l’héroïsme ou de la grandeur des découvreurs, et aussi une véritable tragédie à deux niveaux, sa fin de vie et ce qui adviendra du nouveau monde. (avec 1 documentaire en ligne : Le monde selon Christophe Colomb)

Fils de Dominique Colomb, cardeur de laine et de Suzanne Fontanarossa, aîné d’une fratrie de quatre enfants, Christophe Colomb reste en parti un personnage énigmatique, de légende et en même temps une figure historique de premier plan. 

Colomb ne peut que fasciner, mais aussi nous interroger non point sur des temps révolus, mais sur une époque de transformation et charnière entre deux temps historiques.  

Dépeindre le Moyen Âge comme une période obscure serait une erreur, mais il n’y a pas à douter des forces obscurantistes avec en premier lieu les poids idéologiques ou moraux de Rome et du Saint Siège sur l’Europe méridionale. 

L’histoire d’un découvreur et d’un aventurier

On ne sait pas grand-chose sur les origines de Christophe Colomb, sa date et son lieu de naissance sont en l’état des suppositions. Toutefois, les historiens lui attribuent Gênes pour berceau, et ils estiment qu'il naquit vers 1447 ou 1551 au sein d’une famille pauvre, Washington Irving, un historien du 19ème siècle remonte à 1435. Selon lui Colomb aurait reçu une éducation limitée.

Son premier métier fut possiblement marin, d’après Irving, il se serait engagé dans la marine à l’âge de 14 ans, et aurait été sous les ordres d’un certain capitaine Colombo. Sous cette aile protectrice, il se serait mis à étudier les différentes sciences pouvant avoir lien avec la navigation (géométrie, astronomie, cartographie maritime, …). Mais il aura surtout été aux ordres de ce corsaire génois, selon les mêmes sources se serait déroulé en 1459, son premier fait d’arme.

Il n’y a pas de doutes, Colomb a bien pris part à des actions de piratages le long des côtes maures, des éléments en attestent. Plus probablement, c’est vers l’âge de ses vingt ans qu’il proposa ses services au Portugal, et s’installa à Lisbonne. Il y épousa la fille d’un dénommé Barthélemy de Perestrello, capitaine du Prince Henri, découvreur des îles de Madère et de Porto.

C’est auprès de son beau-père qu’il devint un navigateur émérite et parcouru les côtes africaines, et engagea un travail de cartographie de grande importance tout au long de sa vie, et en particulier lors de ses quatre traversées futures de l’Atlantique. Il va notamment s’intéresser aux courants maritimes, et s’interroger sur la provenance de déchets végétaux terrestres ne parvenant pas de la partie est de l’océan Atlantique.

Ses contemporains dans leur quasi-totalité où presque pensent qu’au-delà des mers de l’Ouest, il existe un grand gouffre. La représentation de la terre et du cosmos, s’ils peuvent prêter à sourire de nos jours, ils agissent comme de véritables dogmes du temps de Colomb. Néanmoins, il ne fut pas le premier à chercher une route plus courte en destination des Indes, mais il sera celui qui donnera ou rendra au globe ses rondeurs et fera tomber le mythe d’une terre plate et centre de l’univers (quelques années avant que ne soient connues les thèses de Nicolas Copernic).

Il existe plusieurs facettes chez notre navigateur, dont l’une et la plus admirable fut sa capacité de synthèse et son esprit authentiquement scientifique. Il s’est servi des sciences de son temps et de manière pluridisciplinaire. Colomb a construit des hypothèses, il a observé les courants maritimes et les vents, puis il a pu un jour d’octobre 1492 valider ses idées. Elles virent bousculer les préjugés les plus enracinés de cette période de l’histoire. 

Christophe Colomb coupable ?

C’est un pionnier et un découvreur, ou un chercheur avant tout, ensuite faut-il mener un procès contre Colomb et l’attaquer sur le processus politique et historique qui engagera la colonisation du continent américain ? Il vaut mieux scinder les questions et à ce sujet éviter de lui imputer une trop grande responsabilité, à la rigueur morale, voire symbolique, mais certainement pas ce qui en découlera.

Jusqu’à sa mort, Christophe Colomb croira avoir trouvé les "Indes", jamais il ne pensera à l’existence d’un autre continent. Nous est-il possible de croire qu’il a sous-estimé la taille du globe terrestre ? A ce sujet la réponse est oui, il ne pouvait présumer de l’existence de l’océan pacifique. Le mieux étant de s’appuyer sur des faits, des réalités dont les effets ne purent que se limiter de son vivant.

Un chercheur ne peut pas mesurer toutes les conséquences à venir de ses découvertes et il n’est certainement pas responsable à lui seul d’un ordre des choses, notamment politique et religieux. Qu’il fut ambitieux, comment n’aurait-il pas pu l’être ? Il repoussa les limites du vieux monde et de ses superstitions. Il a réduit à zéro des croyances et de manière posthume, comment éviter de le réduire à une culpabilité, qui n’a plus lieu d’être. Il a redessiné sans le savoir toute la géopolitique de son temps.

Son héritage est le nôtre dans une préfiguration d’un espace nouveau  qui poussera à la globalisation marchande et à une pré-accumulation du capital. Au demeurant cela fait un peu trop pour un seul homme, qui de plus finira ses jours en prison. Faisons lui grâce d’avoir payé les pots cassés et simplement le restituer à sa juste valeur.

Notre aventurier chercheur en ses débuts politiques devra convaincre l’une des plus grandes autorités de cette époque en la personne d’Isabelle de Castille. Il ne trouvera pas les appuis nécessaires au Portugal et il finira par les trouver auprès de cette reine influente. C’est elle qui la même année de 1492 autorise l’envoie outremer de 3 navires à la recherche de nouvelles colonies et richesses.

Isabelle de Castille préfigure l’Espagne des temps Modernes, et ce qui fut l’un des plus grands empires connus de mémoire d’Homme. Colomb va connaître une gloire très éphémère, il va parcourir quatre fois la traversée de l’Atlantique de 1492 à 1502, dix ans suffiront par mettre à terre tous ses rêves de conquêtes, et perdre son titre de vice-roi des Indes. Il va se heurter à l’aristocratie espagnole qui n’acceptera pas qu’un étranger et pas noble de surcroît puisse avoir tant de pouvoirs.

Quand le tragique et l’incroyable se mélange, il y a fort à penser qu’il ne s’agit pas en soit du destin d’un seul homme. Il faut rechercher ce en quoi le monde va changer et prendre une nouvelle dimension, et un nouvel ordre économique s'organiser (le capitalisme). Si l’on tente de regarder la genèse des évènements, c’est-à-dire les conditions économiques et sociales qui vont conditionner le nouveau monde, Christophe Colomb ne fut qu’un rouage.

Sur le fond c’est aussi une interrogation, comment dans ce cas la science et la politique peuvent-elles faire bon ménage ? Ce qui a probablement coûté cher à Colomb, ont été ses ambitions et les promesses qu’il tint. On ne peut venir bousculer le monde et croire que l’on en recueillera toute la gloire de son vivant, et comment se libérer d’une machine à broyer les âmes ?  

Le monde selon Christophe Colomb 
(Arte Tv : 52 minutes)