vendredi 3 août 2012

Chili, forte répression en Aracaunie et Loi Hinzpeter

Répression en Aracaunie et loi HINZPETER :  

Le «problème Mapuche» 
du Président chilien 
Sebastián Piñera 

Par Lionel Mesnard

Depuis l’adoption (partielle et non définitive) du projet de loi Hinzpeter au Chili, ou projet de loi 78, début juillet 2012, la répression des mouvements sociaux et notamment Mapuche s’accentue. En effet, si cette loi vise à criminaliser de prime abord les mouvements étudiants, des répercutions seront inévitables, sur les luttes menées par les Mapuches ou pour n’importe quel syndicaliste en tant que représentant social et lors de ses activités revendicatives. Actuellement à Santiago depuis 8 jours des femmes Mapuches sont présentes au sein du bâtiment de l’Unicef, notamment en charge de l’enfance.

Cette occupation est survenue suite à ce qui s’est déroulé à Temuco (région d’Araucanie) le 23 juillet 2012, où trois mineurs ont été blessés lors de heurts violents.

Les femmes demandent à l’Unicef de solliciter auprès du gouvernement le retrait des forces policières des communautés Mapuches en Araucanie. Depuis que trois enfants ont été blessés, par des tirs de chevrotine provenant des carabiniers, le 23 juillet passé. Benjamín Vicuña, acteur argentin et ambassadeur pour l’Unicef est venu sur place avec des membres de la CODEPU (1)

"Nous sommes ici pour écouter, prendre la mesure et dire qu’en mon nom ou celui de l’Unicef, nous sommes préoccupés par la violence dans la région" (de l’Araucanie). Par ailleurs, l’Unicef a jusqu’à présent désapprouvé cette occupation, mais n’a pas fait appel à une expulsion.

Photo de l'occupation du séminaire de Temuco

En quelques jours dans la capitale de l’Araucanie, les manifestations organisées par des communautés Mapuches ont toutes donné lieu à des arrestations brutales, un mapuche de 70 ans a fini à l’hôpital dans un état préoccupant (le 30 juillet). 

En trois actions ou manifestations, dont l’occupation d’un séminaire à Temuco, l’on a dénombré 27 arrestations de militants Mapuches et plusieurs blessés parmi les manifestants.

Cet usage abusif de la force n’a rien de surprenant, le président Sébastián Piñera, ce même mois de juillet a décidé de renforcer les moyens et le nombre de policiers en Araucanie, et ce sous les applaudissements ou l’approbation des propriétaires terriens et notables locaux, ou ce que, peut produire de conservatisme comme appui à des méthodes toujours plus violentes. 

Le clergé local par l’intermédiaire de l’évêque de Temuco, Monseigneur Manuel Camilo Vial a déclaré, que ni l’argent, ni des carabiniers (policiers) supplémentaires  aideraient à régler les difficultés avec les Mapuches (29 juillet). Peu de jours avant quatre prêtres chiliens demandaient (via la presse pontificale) que s’ouvre un dialogue avec les communautés Mapuches.

« Le mardi 24 juillet, le président Sébastián Piñera (ci-contre en photo) a convoqué les autorités policières et le procureur de la Nation, à un sommet sur la sécurité, ce qu’il a dénommé « le problème mapuche »

Dans cette instance a été décidé d’augmenter la dotations des carabiniers et de la police d’enquête (PDI) dans la région de l’Auraucanie, ou seront envoyés une plus grande quantité de véhicules et instruments répressifs (…). 

À notre jugement, c'est une réponse immorale et irraisonnable aux demandes légitimes de restitution de terres ancestrales qui ont été usurpés au peuple Araucan (Mapuche). 

Les actions de récupération de terres dans lesquelles des groupes impliqués d'Araucan ont été vus sont une réaction devant l'abus des entreprises privées et l'échec des politiques de dialogue avec les représentants de l'État chilien, après des promesses multiples inaccomplies et non respectueuses des droits fondamentaux. »  Source de l'article.

La loi HINZPETER, tout manifestant aura la tête trancheé…

Le vote intervenu à la chambre des députés, début juillet 2012, approuvant la loi Hinzpeter a provoqué  une levée de bouclier de la part des associations et ONG. Si cette loi était appliquée, il y aurait des atteintes graves aux droits de tout chilien, qui pouvant encourir 3 ans de prison, pour le simple fait de manifester pacifiquement.

Quelques exemples du texte de la Hinzpeter visant à la limitation du droit de manifester, les situations (ci-après) ou pourraient s’ensuivre une condamnation pénale :

« Paralyser ou interrompre quelque service public que ce soit, comme les services hospitaliers ou d’urgence, et ceux de l’électricité, des combustiles, de l’eau potable, des communications ou des transports. »

« Envahir, occuper ou piller les habitations, les bureaux, les établissements commerciaux, industriels, d'enseignement, religieux et autres, qu'ils soient privés, ou municipaux. »

«  Empêcher ou gêner la libre circulation des personnes ou des véhicules sur les ponts, dans les rues, sur les chemins, ou autres biens similaires d’usage public. »

«  Ceux qui auront incité, promu ou organisé les désordres ou autres actes de force ou de violence qui touchent la réalisation d'un des faits signalés au premier point [paralyser ou interrompre un service public, donc], à partir du moment où ils les auront prévus, se verront appliquer une peine de [541 jours à 3 ans de prison]. »

« Les protestations étudiantes ont suscité de la part du gouvernement un nouveau projet de loi basé sur la terreur, appelé “Loi Hinzpeter”, qui vise à criminaliser le mouvement étudiant. Cette loi menace tous les mouvements sociaux au Chili. » 

Extrait de la déclaration de la CONFédération des Etudiants CHiliens. 

Face à la volonté politique et sécuritaire affichée du Président Chilien, il en va d’une mobilisation contre des atteintes à la liberté d’expression au Chili. 

Aussi et au vu des déclarations et épreuves de forces intervenues récemment contre des manifestants mapuches à Ercilla ou à Temuco (Araucanie), il ne peut que s’exprimer, une fois de plus, une forte réprobation de la violence de l’Etat chilien à l’encontre du mouvement social Mapuche. 

Nous ne pouvons qu’être inquiet de ces bruissements de bruits de botte, au pays où l’on fêtait encore un homme comme Pinochet (en juin 2012 à Santiago). 

Cela en dit long sur une transition démocratique (de 20 ans...) qui s’essouffle, car reprenant les pires aspects de l’ultra droite chilienne et pouvant faire craindre une accentuation de la répression contre tout ce qui n’est pas aux ordres du pouvoir.



Note :

(1) CODEPU : Corporación de Promoción y Defensa de los Derechos del Pueblo