de la honte
et
négation
des actes
criminels
Par Lionel Mesnard
L’organisation non
gouvernementale CNCD (Centre national de coopération au développement),
sise en Belgique aura été la première à réagir après la conclusion du vote des
accords commerciaux Europe (UE) / Pérou et Colombie, en appelant dès à présent
à ce que la Belgique rejette ces accords au niveau national. Il en sera de même
pour l’ensemble des pays de l’UE, et il est plus que souhaitable, que ces
accords de la honte ne soient pas ratifiés au sein des Parlements nationaux.
Dernières étapes, après lesquelles les accords seraient mis en œuvre et « représenteraient
une violation des droits des populations d’Amérique latine et d’Europe »
selon le CNCD-11.11.11, et joignant sa voix à de nombreux mouvements sociaux
des deux continents.
Il en va maintenant en France et chez ses partenaires
européens, de faire mieux connaître la nature dangereuse de ces accords, à ce
titre et le jour même de la ratification du vote, le blog de Jean-Luc Mélenchon, député européen, a mis en
ligne un large argumentaire. Sur non seulement un accord, mais en réalité sur
deux accords commerciaux parallèles dès plus controversés. « Le simple
fait que de tels accords soient négociés avec pareils gouvernements est une
honte. Le contenu de ces accords qui organisent le pillage des ressources de
part et d'autre de l'Atlantique et consacre la ruine des peuples des Etats
latino-américains concernés l'est tout autant. » (1)
Le Parlement Européen (PE) a voté les deux accords
commerciaux entre l’Amérique Centrale d’une part et la Colombie et le Pérou
d’autre part. Les votes sont intervenus, entre hier et ce matin 11 décembre
2001 en séance plénière, et, ils ont recueilli les voix des groupes de droites
et libéraux ainsi que la majorité des votes socialistes ou sociaux-démocrates
du Parlement Européen. Seules oppositions à ces accords, les groupes Verts
(ALE), de la Gauche Unie Européenne et la Gauche Verte Nordique, ces 2 groupes
s’y sont opposés et ce depuis la première ratification intervenue le 26 juin
2012 au PE.
Ces accords ont été votés, malgré les condamnations de la
Confédérations Européennes des Syndicats, d’Amnesty International et de la FIDH
et autres ONG françaises ou européennes.
Ce malgré une guerre civile toujours en activité en Colombie. Où encore
de trop nombreuses atteintes aux droits humains se perpétuent à l’encontre des
populations civiles en Colombie, ceci de semaine en semaine ou depuis au moins
20 ans, ce vote a de quoi provoqué une certaine colère, une colère froide, une
colère digne.
Les raisons d’un accord ou quand le cynisme est triomphant
Les accords UE/Colombie et Pérou élimineront progressivement
les droits de douane pour les exportations et les importations. L'accord
libéralise également les services et les marchés publics. En Colombie et au
Pérou, les plus grands bénéficiaires de la suppression des droits de douane
seront les producteurs de fruits (en particulier de bananes et de raisins) et
de crevettes. L'Union européenne tirera ses principaux bénéfices dans les
secteurs de la machinerie, de l'automobile et des produits
chimiques. (Source du PE)
Ce vote était joué par avance en raison d’une majorité de
parlementaires de droite ou par les élus séduits par la sirène néo-libérale, et
en plus incapables d’enlever leurs ornières à ce qui s’apparente à une
inconséquence majeure. C’est-à-dire faire entrée des pays ayant de faibles
structures étatiques, et des mannes financières rongées par la corruption et le
crime organisé, cela a de quoi laisser stupéfait… Sur les jours radieux à venir
narrer par le rapporteur de la commission sur le commerce international du PE,
Mario David du PPE (la droite sans complexe du Parlement), il suffit d’en lire
le contenu pour soit en rire, soit se demander si cet homme ne prend pas sa
vessie pour une lanterne :
« Cet accord favorisera fortement l'activité économique
tant en Europe qu'en Colombie et au Pérou, contribuant à la croissance économique
et à la prospérité de nos peuples. Nous, nous félicitons que les deux pays
aient répondu à notre demande en prenant des mesures visant à améliorer de
manière tangible les droits de l'homme, du travail et de l'environnement. Les
lignes, reconnues au niveau international, prises par les Présidents actuels,
montrent que les deux pays sont engagés à atteindre un niveau de développement
plus élevé. C'est un héritage que les futures générations n'oublieront pas.
J'en suis certain! Et nous y avons contribué ». Le Pérou et la Colombie ne représentent que 0,6 % des
importations de l'UE, selon ce même rapporteur.
Pour ce qui est de l’héritage des générations à venir, ils
seront étonnés de constater comment les populations civiles auront été niées en
tant que victimes, à la fois d’une guerre civile et d’une très forte
criminalité par le sang, dû en partie au trafic régional et mondial de la
cocaïne. Tout est beau et merveilleux dans les échanges commerciaux, sauf que
certains produits comme la banane vont favoriser des entreprises connues pour
leurs anciennes activités criminelles ou paramilitaires en Amérique du Sud et
Centrale. La seule évocation des bananes Chiquita Brandt (ancienne United Fruit) peut faire froid
dans le dos, quand au respect des droits les plus élémentaires et celui de
pouvoir vivre, mais il faudra repasser, et non pas survivre comme l’ont imposé
des décennies durant les majors étasuniennes de la Banane aux paysans
colombiens ou d’Amérique Centrale.
Pour profits, en tirer quelques droits de douane non
négligeables, et gagner une part ridicule de marché ou de PIB supplémentaire.
L’on offre ainsi nos frontières un peu plus au crime transnational organisé,
aux fonds illégaux ou douteux, à des entreprises pas vraiment vertueuses et qui
auront pour gain de nous inonder de produits déjà présents dans nos
supermarchés. Loin de toutes législations sociales dignes ou pour reprendre un
terme devenu très commun, à minima « équitable ». Ce qui ne sera pas
vraiment, vu qu’il est acquis de fait que le Pérou et la Colombie appliqueront
les recommandations, qui ont été faîtes en matière de droits de l’Homme par le
PE. Il n’en résultera rien qui n’obligera à une application véritable des
droits sociaux les plus élémentaires.
Un gag, non ! Il s’agit d’une tromperie manifeste
Une logique niant à l’Homme toute valeur, puis qu’elle
place, le commerce au-dessus des réalités humaines et des souffrances actuelles
cumulées au sein de ces deux pays. Faut-il avoir un cynisme certain d’avoir
voté de tels accords, sans chercher à en savoir plus sur les réalités sociales
en Colombie, pour exemple.
Le nombre de populations déplacées (3 à 4 millions ces
dernières années et le flot continu par dizaine milliers ces derniers mois).
Ceci en raison des terres agricoles confisquées par les groupes paramilitaires,
ou volés par des entreprises à capitaux étrangers. Et la loi impulsée par le
président Juan Manuel Santos, d’indemnisation ou de récupération des terres
volées n’a pas vraiment engagé un reversement de la situation, qui sert encore
ou a servi à détourner les terres au profit des compagnies transnationales
(entreprises minières ou pour les dits « bio » ou agro-carburants à
l’exemple de la Palme africaine). Les dossiers individuels ou familiaux
croulent face à la lenteur du processus judiciaire, qui en plus, n’a pas pu ou
n’a pas encore enregistré tous les plaignants, se comptant par centaines de
milliers.
Et ce serait sans compter sur ce drame humain se jouant
chaque jour en Colombie, ou deux ou trois mineurs en moyenne vont perdre la
vie. Des conditions sociales, tels des récits de Zola sur la condition ouvrière
du dix-neuvième siècle. Des gamins de dix, douze ans accroupis et travaillant
dans des souterrains dangereux, qui au mieux leurs donneront, un droit de vivre
jusqu’à 40 ou 50 ans ; et au prix d’efforts et souffrances au travail, que
nous ne tolérons plus en Europe, et qui vont à l’encontre de toute dignité
humaine.
Si, cela se passe bien au 21ème siècle, il existe
encore beaucoup de travailleurs soumis à des conditions indignes, mais cela ne
peut pas émouvoir des hommes, qui ne savent manier que des chiffres et se
contrefoutent des conséquence qu’aura leur bulletin sur la vie quotidienne de
millions de travailleurs latinos déjà suffisamment exploités. Ces accords ne
mettront pas fin à l’hécatombe, notamment en appuyant des mécanismes
économiques et sociaux impropres et ou le fait d’être syndicaliste ces
dernières années a coûté la vie à 3.000 personnes pour la seule Colombie.
Gérard Karlshausen, chargé des Politiques européennes,
insiste : « En ratifiant de tels accords, l’Europe légitime les
régimes en place dans des pays comme la Colombie ou le Honduras, très violents
à l’encontre du monde syndical, des journalistes et défenseurs des droits
humains. Rien qu’en Colombie, 29 syndicalistes ont encore été assassinés en
2011, ce qui représente près de 40% des assassinats dans le monde entier !
». « Les seuls gagnants dans cette affaire, ce sont les
multinationales des deux continents ». (...)
« Les études d’impacts, commanditées par la
Commission européenne elle-même, montrent que ces accords soutiendront par
exemple la production d’agrocarburants destinés à l’exportation. Elles mettent
en avant un risque d’augmentation de la pression sur les terres, avec des conséquences
dramatiques sur les populations rurales et les peuples indigènes. »
(Source CNCD)
Note :
(1) Article du blog de JL Mélénchon, cliquez
ci-après :