jeudi 17 janvier 2013

L'encomienda et l’asservissement des Amérindiens

La plantation et l’encomienda 
aux sources 
de l’esclavage des noirs 
et du servage des amérindiens

Par Lionel Mesnard

Ces deux systèmes économiques vont avoir un grand essor dans les colonisations des  Caraïbes et des Amériques latines dès le début du 16ème siècle, ils vont permettre ainsi d’assouvir une main d’œuvre que l’on distinguera en deux catégories, l’une pour les africains déportés et l’autre pour les populations originaires. Cette séparation n’est pas le fait du hasard, mais le résultat de débats et décisions qui donnèrent aux amérindiens une âme, laissant aux esclaves noirs un statut purement mercantile ou d’objet. Pourtant les réalités furent tout aussi meurtrières pour les autochtones.


La plantation est un terme que l’on retrouvera chez les colonisateurs, anglais, français, portugais et espagnols. Lieu d’exploitation par excellence de ce qui donna lieu à la traite négrière et au commerce dit triangulaire entre l’Afrique et le continent américain.

Entre les premiers contacts établis par Christophe Colomb en 1492 et la fin du 16ème siècle, la population autochtone va décroître de manière spectaculaire, dans toute la Caraïbe c’est un holocauste sourd qui va se produire, au point que la main d’œuvre africaine sera nécessaire et sera importée à Cuba dès 1513 et s’étendra à l’ensemble de l’empire espagnol dans son développement colonial.

Deux termes et deux réalités

La plantation et l’encomienda ont eu un rôle important, pour ne pas dire déterminant dans la colonisation espagnole et son enrichissement. Si la plantation évoque sans grande difficulté l’apport d’esclaves noirs du sud des Etats-Unis aux exploitations sud américaines dans l’exploitation des ressources vivrières, le second terme « encomienda » est moins connu.

Pourtant l’encomienda va avoir un rôle non négligeable dans l’asservissement des populations autochtones. Un système peu décrit, pourtant ses conséquences seront tout aussi terribles et néfastes sur le sort des populations originaires, réduites le plus souvent au servage ou bien à apporter un tribut sur l’exploitation de leurs propres terres.

Ceci au nom de l’élévation de leur âme en fut-il ordonné, mais l’autochtone valait-il plus qu’un esclave ayant une valeur marchande, il y a de quoi s’interroger. Quelle valeur trébuchante pouvait avoir une âme amérindienne, si au regard de l’exploiteur, son seul profit provenait de son travail ?

La durée de vie importait peu fasse à la masse à asservir, ou dans l’idée d’un gain à accumuler sur une période courte. Quelles étaient les motivations des maîtres, quand l’église et la monarchie voulaient faire des « indiens » de bons chrétiens.

Le temps de vie au sein d’une mine pouvait ne pas excéder quatre ans, tant les conditions imparties à l’extraction s’avérèrent supérieures à la vie humaine. Et la cause au Mexique et en Bolivie de la mort de millions d’anonymes amérindiens.

L’encomienda et la plantation marque une division du travail entre noirs et amérindiens, et les conditions ont été aussi abominables, mais administrée différemment et il n’est pas étonnant de constater le croisement des mémoires dans une organisation visant à tirer des profits ou des rentes de situation.

Les amérindiens seront principalement affectés à l’orpaillage ou au travail des mines. Une distinction en apparence, mais visant surtout à distinguer les ressources des colons de celui de la couronne espagnole.

Cette séparation des tâches s’en trouvera renforcer malgré les lois de Burgos en 1511, la condamnation de l’esclavage des « indiens » en 1537 par le Pape Paul III, et la controverse de Valladolid de 1550/1551. C’est en totale hypocrisie que les administrateurs de la couronne abuseront de leurs pouvoirs et imposeront aux populations locales un ordre servile.

L’ « indien » ayant une âme contrairement aux africains mis en chaîne, le système de l’encomienda en fut du coup plus obscure et tout autant meurtrière que l’esclavagisme. L’encomienda est en principe abolie en 1720, ce système d’exploitation va s’adapter et bien après la période coloniale et perdure encore de nos jours sous certaines formes d’asservissements en Amérique latine. 


L’encomienda en Amérique

Par Rodriguez Demorizi

    "L’encomienda est un droit conféré par concession royale aux notables des Nouvelles Indes de recevoir pour lui-même et de recueillir le tribut des Indiens qu'ils encomendasen pour sa vie et celle d'un héritier, avec une gamme de soins pour les Indiens dans spirituelles et temporelle et défendre les provinces où ils sont mandatés. "

 

L'encomienda était une institution caractéristique de la colonisation espagnole de l'Amérique et les Philippines, établi comme un droit accordé par le Roi (depuis 1523) en faveur d'un sujet espagnol (encomendero) afin qu'il percevait les impôts dus par les Indiens la couronne (en travail ou en nature et en espèces), en tenant compte de leurs sujets de ce genre. En retour, les encomenderos devrait s'occuper du bien-être spirituel autochtone et terrestre, assurant sa maintenance et de protection, et leur endoctrinement chrétien (évangélisation).

Cependant, il y a eu des abus par les fiduciaires et le système souvent donné lieu à des formes de travail forcé ou libre, doit être remplacé, dans de nombreux cas, le paiement en nature d'hommage pour le travail encomendero.

A leur arrivée dans les Antilles à partir de 1492, les colons espagnols vont très rapidement mettre à la somme les populations locales et notamment les Tainos (grandes Antilles et Caraïbes (petites Antilles). La soif de l’or et les différents mythes qui vont se construire dans l’imaginaire des conquérants fera de « l’indien » une main d’oeuvre corvéable à merci et il sera rapidement destiné à l’orpaillage à Cuba.

Les esclaves africains n’arriveront qu’à partir du début du 16ème siècle à Cuba et ils viendront en quelque sorte remplacer ceux qui peuplèrent les petites et grandes Antilles. Au 17ème siècle, les Tainos ou Caraïbes auront quasiment disparus, et la traite négrière est en pleine expansion.

Vidéo : Les amérindiens ont-ils une âme Valldolid 1550 ?




 « La controverse de Valladolid ou la problématique de l’altérité »

par Michel Fabre, CREN, Université de Nantes

(…) Jules III (1550-1555) décident d’organiser cette controverse de Valladolid qui s’étalera sur presque une année, d’août 1550 à mai 1551, en présence d’une quinzaine de théologiens. La question est de savoir qui sont les Indiens : des êtres inférieurs ou des hommes comme nous, les Européens ?

Le pape envoie un légat, le cardinal Roncieri, présider le débat qui oppose Las Casas à Sepúlveda. Las Casas est un dominicain, ex-évêque de Chiapas au Mexique. C’est l’avocat des « Indiens ». Il a laissé de nombreux écrits et notamment La Très Brève Relation de la destruction des Indes de Las Casas

Sepúlveda est un jésuite, grand théologien, chroniqueur et confesseur de l’empereur, traducteur d’Aristote. Les enjeux sont énormes. L’Empire engrange l’or et l’argent des mines récemment découvertes. Charles Quint vient de chasser les Maures d’Espagne mais il ne peut s’étendre à l’Est où veille Soliman le Magnifique et se voit contesté au Nord par des États rétifs comme la France ou l’Angleterre. L’expansion économique et politique de l’Empire ne peut donc s’effectuer qu’à l’Ouest (les Amériques) ou au Sud (l’Afrique).

Concernant l’identité des Indiens, les contradicteurs disposent de plusieurs grilles. Théologique : sont-ils des démons, des êtres que Dieu refuse, ou des fils de Dieu ?

Métaphysique : sont-ils des êtres humains comme nous ou plutôt des êtres d’une humanité inférieure, comme ces « esclaves de nature » d’Aristote ? Un spectre anthropologique : sont-ils des bêtes, des sortes de singes ? Des sauvages, de bons sauvages, comme le pense Colomb au début de son exploration ? Ou des barbares cruels qui se livrent à des exactions de toutes sortes et en particulier à des sacrifices humains ? Ne sont-ils pas finalement des hommes semblables à nous, ni meilleurs ni pires ? De la qualification des Indiens va dépendre leur traitement : comment faut-il se comporter dans la colonisation ? Et même, qu’est-ce qui justifie de conquérir ces terres lointaines ? La controverse prend bien l’allure d’un diagnostic. (…)


Extraits de « La controverse de Valladolid 
ou la problématique de l’altérité », cliquez ici !