vendredi 22 mars 2013

Le Pape François, un jésuitisme bien trop ordonné…

Le Pape François 1er 
et les deux faces du jésuitisme, 
communication et réalités

Par Lionel Mesnard

Il règne comme un restant de « guerre froide » mal digéré. Que peut-on dire sur ce qui s’apparente à une continuité certaine depuis Jean-Paul II ? Le reste n’étant qu’affaire de communication et d’image… Sur le fond quand Pagina 12 et Horacio Verbitsky ont été l’objet d’accusations malvenues de la part du Saint-Siège, lors de la 1ère conférence de presse de son porte parole. Le journal de Pagina 12, malgré les poursuites annoncées n’a rien retiré, et continuera souhaitons-le à nous informer sur cette affaire dans les colonnes de son journal.

Horacio Verbitsky a publié un livre « El silencio », des articles dont un pointait l’avidité du pouvoir chez Monseigneur Bergoglio, peut donner le sentiment que parfois la colère permet de mettre à vif des situations choquantes. Même si certains peuvent penser, qu’il n’y va pas de main morte, il est plus à même en raison de la nature de ses recherches sur la dictature argentine de pouvoir en dresser un portrait cinglant.  Cette affaire de Yorio et Jallics n’est pas le fait, de ragot provenant d’anticléricaux de gauche, mais bien d’éléments et faits troublants, que Verbitsky, nous a donné à lire et découvrir en quelques jours et qui semble attesté sa thèse. Et vient sérieusement ternir l’image du nouveau pape, se voulant un bon communicateur, dans toute la splendeur du jésuitisme… « l’hypocrisie » en son sens gréco-latin comme l’a fait entendre le spécialiste français Odon Vallet. C’est-à-dire surtout l’art de manier les mots, une rhétorique, ni pour, ni contre, mais adaptable aux circonstances.

Oui il y a eu de nombreux jésuites, qui ont tenu un rôle important en Amérique latine, mais faut-il pouvoir faire le tri entre le mythe et ce qu’ont pu apporter les jésuites. Un mélange de cliché ayant perduré et qui sont assez loin des faits historiques et des réalités. Le très beau film Mission dépeignant une société de partage, un communisme primitif, est une fiction et non ce que fut cet ordre religieux. Il s’est intéressé aux plus démunis, certes, mais surtout en la défense d’un ordre visant à faire des Amérindiens de bons chrétiens et en instaurant un ordre économique.

Contrairement à Benoît XVI membre des jeunesses hitlériennes, l’affaire n’a pas pour autant la même dimension historique. Avoir été enrôlé dans l’Allemagne nazifiée a été le lot de tous jeunes allemands en âge de parler et de tenir sur leurs deux jambes. Après le Pape « du rideau de fer », le « Tanker » pape Benoît a toutefois réintégrer certains ordres très controversés, dont un ancien évêque proprement néo-nazi, et nos deux pontifes n’ont pas hésiter à désigner des cardinaux proches de l’Opus Deï. Dans le cas du nouveau Pape, au mieux, il faut dénoncer sa grande passivité à l’égard de la dictature argentine. Même, s’il a su s’absoudre, par après, de ce qui fut un régime tortionnaire et meurtrier à grande échelle. Au pire, le Pape aurait eu un rôle dans les deux arrestations de YORIO et JALICS ?

A l’arrivée de Videla, Bergoglio n’est pas qu’un simple curé, il est le dignitaire des jésuites au Chili, ce qui n’est pas une fonction minime ou pouvant s’apparenter à un simple curé de paroisse. Le soutien aux pauvres et la modestie a atteint certaines limites, semble-t-il ? Rien de très étonnant, pour un conservateur ayant su aussi probablement jonglé et joué de concert avec des ordres très impliqués dans la dictature. En aparté, l’Opus Deï est un ordre religieux en Amérique latine et en Espagne provoquant quelques gouttes de sueur froides à l’énoncé de son seul nom (toute attaque contre cet ordre se règle en général devant un tribunal).  Et pendant que Monsignore Bergoglio joua son rôle et possiblement plus, un nombre de religieux impliqués dans le soutien des familles de disparus, ou auprès des pauvres, ont connu un autre sort.

Le charnier, puisqu’il s’agit bien d’un charnier humain, où il fallut faire disparaître les corps, en balançant des femmes et des hommes, par avion ou hélicoptère, ou dans des fosses communes. Et sans que les familles puissent connaître les lieux de disparition, le plus fréquemment. Un pays saigné à partir de 1975, de ses « anticléricaux de gauche ». Au moins trente mille personnes assassinées, que le porte-parole du Pape, Frederico Lombardi a oublié d’évoquer. Sans parler de ses familles à qui l’on a volé des bébés (estimé à 500, dont 107 ayant pu connaître à ce jour leur identité) pour les besoins de la bourgeoisie et de certains hauts gradés chiliens (Regarder le documentaire de France 5). Mais rien à voir en comparaison, - me direz-vous, - avec les 300.000 enfants volés espagnols, où l’église connu un rôle moteur des années durant sous le franquisme et la monarchie. Mais il est difficile de rester silencieux, sur ce qui à des aspects pas vraiment ragoûtants. Un million d’exilés pour la seule Argentine, 30.000 morts reconnus et 15.000 disparus à minima, quand les estimations globales sont plutôt de l’ordre de 60.000 victimes. Les sourires et les appels au dépouillement du Pape François, et son ton très rigoriste, pour que tous, nous nous défions du diable, ne porte pas vraiment à l’enthousiasme. De quoi réagir, en pensant que le diable est bien dans le détail…

Pour en revenir à son appartenance à l’ordre des jésuites, Francisco primero n’est pas une contradiction prêt. Le fait qu’un jésuite et le premier de l’Histoire soit sacré est un pied de nez au dogme de la Compagnie de Jésus. Elle a été crée pour être au service du Pape et non le devenir. L’histoire des jésuites est très instructive, une de fois de plus c’est la faute de ces maudits français… Car la Compagnie des jésuites a été fondée à Paris pas Ignace de Loyola à Montmartre. De plus, l’empreinte des jésuites est présente de toute part dans le monde, et elle a eu un rôle important en France dans l’organisation de la pensée. Un discours à toutes épreuves, le jésuitisme ce n’est pas seulement l’ordre qui fut contraint à l’exil en 1767 outre-atlantique. Ce fut avant tout une grande école de formation des élites d’une part, mais ce qui a surtout organisé, ou du moins construit, un bon pan de ce que l’on nommait les Humanités. Ce fut pour les rois européens et le Vatican, un équivalent républicain de nos écoles de sciences politiques. L’art du relativisme et la défense de l’ordre, - qu’il soit monarchique ou bourgeois.

Alors, si en Amérique latine la théologie de la libération est née, ce n’est pas vraiment du domaine du hasard. Que Jean-Paul II et son bras droit Ratzinguer aient voulue se débarrasser de ces gêneurs, révolutionnaires pour certains, il y a quelques raisons. Cela ne pouvait plus durer, dans une lutte tout azimut contre tout ce qui pouvait ressembler à un « communiste » ou à une femme ou un homme de gauche sur l’ensemble du continent latin et dans le monde dans les années 1970. Le jésuitisme, cela ressemble à une pièce de monnaie à deux faces. Une face très surprenante dans la lutte contre la pauvreté et un combat contre toute forme d’injustice. De l’autre, une face sombre, mais pas vraiment énigmatique, une histoire complexe et fondamentale dans nos pays à culture chrétienne. Il n’existe pas un courant homogène chez les jésuites pouvant se prévaloir du progrès social ou être au service des oligarchies latino-américaines, si ce n’est les deux et qui n’ont rien à voir véritablement. Pour cela, faut-il pouvoir connaître les différents ordres religieux existants, et les jésuites ne sont pas les seuls à avoir connu des ecclésiastiques ayant choisi les idéaux de justice de la théologie de la libération. Ce raccourci intellectuel, choisi par certaines plumes ne tient pas la route dans la défense du père jésuite Bergoglio. Qui acceptant cette fonction pouvait se douter que l’histoire de l’argentine reviendrait à vif.

Concernant les religieux que j’ai pu rencontrer ces dernières années, j’ai oublié de leur demander à quels ordres ils appartenaient, à part un groupe de religieuses de Caritas faisant un travail d’aide par la scolarisation ou de soutien aux personnes menacées dans leur vie en Amérique du Sud. Des curés et des religieuses engagées dans la défense des plus exposés, et auprès plus pauvres, et il est difficile de faire mieux. Des héros anonymes, d’un pays en guerre, pour certains menacés régulièrement, tués aussi, et des religieux et non-croyants sans chercher à se distinguer font tous les jours sur le terrain un accompagnent des communautés prisent au feu des conflits colombiens. A la question que me posa une religieuse pour savoir si je croyais, je lui ai répondu, que je ne croyais pas, mais que j’avais la foi. Pas besoin d’être athée ou croyant, la simple raison du doute pousse à se prononcer pour une humanité meilleure et faire avec les moyens du bord. Loin des dogmes, des appartenances et très loin de ce discours sirupeux qui nous ferait croire que la prochaine étape est le port de la croix et sa crucifixion…
 
« Quand je pense à ce qui est du monde, je m'y complais beaucoup, mais quand je suis fatigué et que je cesse d'y penser, je me trouve aride et insatisfait ; en revanche, quand je rêve d'aller à Jérusalem nu-pieds, de ne plus manger que des herbes, de me livrer à toutes les austérités comme les saints, non seulement j'éprouve de grands élans intérieurs, quand je médite sur des pensées de ce genre, mais même après les avoir quittées, je reste satisfait et allègre. François ou Francisco1er»

Je n’aurais pas imaginé à avoir me prononcer sur une période de l’histoire argentine, qui pourtant a été un élément contributif à des engagements divers et variés en politique. Un petit pan de mémoire qui se réveille ou dans cette année de 1978… Il fallut plus que s’indigner, mais refuser tous les ordres totalitaires fascistes et stalinistes, en rejetant les deux monstruosités de l’époque l’URSS et les Etats-Unis dos-à-dos, en n’entrant pas dans les cases de cet ancien monde bipolaire. Ce n’était pas simple et le reste encore en parti, sauf qu’aujourd’hui, tout est à reconstruire et hors des chantiers battus du capital et du Vatican. Aussi je n’ai pas oublié cette phrase un peu choc de Bertold Brecht, « celui qui ne sait pas est un imbécile, mais celui qui sait et ne dit rien est un criminel ». Et à partir de ce jour, j’ai aussi détesté la machine à fric Football vendant des tee-shirts « FFF », quand en 1978 on torturait et tuait à tour de bras, à deux pas des stades argentins. 

Pour ce qui est de 1767 et de l’expulsion des jésuites, l’un d’entre eux va écrire un texte fondateur pour l’émancipation des Amériques latines : une « Lettre aux espagnols américains ». Ce texte sera publié à la toute fin du dix-huitième siècle par Francisco de Miranda, en Angleterre puis en France clandestinement et en français. (Cliquez ici !). Le curé en question s’appelait Juan Pablo Viscardo y Guzman, vous trouverez ici ou là sur Internet des textes faisant mention de celui qui fut le précurseur anonyme des révolutions latino-américaines… et jésuite expulsé en 1767 du Pérou. Ce dernier a fini sa vie en Italie, et c’est au fil de ses voyages que Miranda découvrit le texte en question, mais il faudra revenir plus tard sur cette question, qui sait cela pourrait faire un billet ou un article… 

A suivre !

Textes en relation sur le blog Libres Amériques :

  1. Paraguay, histoire des jésuites et des « réductions »
  2. Argentine, complicité du Pape avec la dictature de Videla ?